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Les femmes entrepreneures ayant participé à l’enquête vivent majoritairement en couple et ont des enfants. Ces informations permettent tout d’abord de questionner l’idée qui voudrait que pour réussir en affaires, il faut être célibataire et sans enfant ! Le temps consacré à la vie professionnelle est très élevé: elles travaillent plus de 40 heures par semaine dans leur entreprise, la majeure partie se situant entre 50 et 60 heures par semaine, surtout dans le secteur des services. Pour les professions libérales, les femmes annoncent plus souvent une moyenne entre 40-50h semaine.
Contrairement à une idée largement répandue, le statut d’indépendant ne serait donc pas la formule miracle pour une meilleure conciliation entre vie familiale et vie professionnelle. Les interviews ont montré que l’intérêt de ce statut pour la conciliation réside essentiellement dans l’autonomie et la flexibilité des horaires, bien plus que dans la possibilité de réduire le nombre d’heures de travail.
Le nombre d’heures prestées dans le cadre de leur activité d’indépendante est également lié au lieu de travail: les femmes entrepreneures consacrent moins de temps à l’entreprise lorsqu’elles exercent leur activité à domicile, cette formule étant principalement choisie pour les professions libérales et plus souvent encore pour celles qui n’ont pas de personnel.
L’enquête statistique révèle que pour 64% de femmes entrepreneures, les activités principales en-dehors du travail sont la famille et l’éducation des enfants. Les interviews, qui conduisent à la même conclusion, montrent en outre que même si le conjoint participe (de plus en plus) aux tâches ménagères et à l’éducation des enfants, les femmes restent les principales responsables des tâches ménagères, ce qui constitue une difficulté supplémentaire pour gérer l’activité professionnelle.
« L’entrepreneuriat féminin est toujours handicapé, toujours à l’arrière, c’est d’abord la famille, peut-être pas chez tout le monde, mais la grosse majorité, c’est d’abord la famille: on s’occupe de ça et puis les heures qui restent et bien… Et ce qui reste totalement en plan, c’est toi-même ! »
Le maître mot semble être l’organisation des temps de vie de chacun (famille et travail) et l’articulation entre les deux:
« Cela demande beaucoup d’organisation. C’est quelque chose de très particulier par rapport à un homme dans la même situation: il y a beaucoup d’organisation à faire ».
Les femmes expliquent souvent les horaires élargis par la nécessité de satisfaire les clients. Comme elles sont souvent seules ou ont des entreprises de petite taille, elles ont peu de possibilités de déléguer:
« C’est une des grandes difficultés, c’est de savoir dire non au client. C’est peut-être un peu la difficulté d’être seule, on vous contacte, c’est toujours très important pour le client et c’est très difficile de dire non. Je prends, je prends, et ça déborde sur ma vie familiale. Par exemple, cette semaine, j’avais beaucoup de travail et j’étais dans mon bureau jusqu’à 23h. Quand j’en sors, tout le monde est parti dormir ! »
Les femmes exerçant une profession libérale semblent plus enclines à travailler à domicile: 30% des femmes travaillant à domicile exercent une profession libérale, or les femmes exerçant une profession libérale ne représentent que 24% de l’ensemble des femmes entrepreneures. Et les indépendantes à titre principal travaillent plus souvent hors du domicile, contrairement à celles qui exercent leur activité à titre secondaire.
On le voit, la difficulté de conciliation est d’autant plus grande pour les femmes entrepreneures que pour pouvoir garder leurs clients, elles doivent souvent faire preuve d’une très grande disponibilité.
Parmi les freins à la conciliation, les structures de garde, jugées insuffisantes et souvent peu adaptées aux réalités des femmes qui travaillent (notamment au niveau des horaires), surtout lorsque les enfants sont en âge scolaire, sont largement mises en cause:
« Ce qui serait bien, c’est de pouvoir être indépendante et en même temps de pouvoir avoir des facilités au niveau éducatif, par rapport à la famille, aux enfants, surtout pour les femmes seules ! Donc avoir des crèches, des garderies, des organismes qui s’occupent de tout ça ! […] Je trouve que la femme indépendante par rapport à la femme salariée a d’énormes difficultés au niveau de la garde, des congés de maladie, etc. En plus si elles ont du personnel, c’est encore plus difficile. »
L’importance de disposer de structures de garde de qualité pour améliorer le bien-être des enfants et diminuer la culpabilité des femmes est aussi fortement mise en avant.
Les femmes n’ayant pas bénéficié du soutien de leur conjoint le perçoivent comme un frein au développement de leur activité. Le conjoint représente souvent une aide pratique et nécessaire à l’organisation familiale, notamment en simplifiant la gestion du temps des femmes entrepreneures, très souvent problématique.
« Je dois dire que j’ai un avantage énorme pour concilier ma vie professionnelle et ma vie privée: mon mari est instituteur. […] Je crois que s’il avait été dans une autre fonction, mon parcours serait devenu autre. Je crois que je ne me serais pas engagée si loin dans la construction de l’entreprise. »
Une réflexion qui amène à un triste constat: la difficulté de concilier famille et entreprise a parfois comme conséquence la décision de ne pas augmenter la taille de leur entreprise.
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